25-12-2015 13:54
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Dans le marigot de la Françafrique, un faux conseiller de Hollande et un vendeur d’armes

Pour cet homme dont le nom se chuchote dans les cercles interlopes de la politique africaine, la vie est une pièce de théâtre. Et l’Afrique, une « tragédie », comme il dit. Il campe son propre rôle dans cette dernière création qu’il écrit en direct depuis la place du Palais-Bourbon, derrière l’Assemblée nationale à Paris, où est domiciliée sa maison de production. Ce rôle est celui d’un homme de l’ombre qui se présente comme un penseur éclairé, expert en « géostratégie » et conseiller du président François Hollande sur les questions africaines.

 

Mais tout l’enjeu, avec Guy Zilberstein, auteur et homme de théâtre, car c’est de lui qu’il s’agit, c’est de trier le vrai du faux.

En bas de son bureau, à la brasserie Le Bourbon où se retrouve le gratin de la politique française, il reçoit des déclassés de la diplomatie, des conseillers de chefs d’Etat africains renversés qui rêvent de revanche, des avocats de causes perdues, des lobbyistes de ministres corrompus et des hommes d’affaires en déclin. Face à ce fond du panier franco-africain de Paris, Guy Zilberstein a de l’allure. Celle d’un intellectuel inquiet des dérives de ce monde, d’un stratège florentin évoquant telle rencontre ou tel ami, et toujours ces prétendus contacts au plus haut niveau, à l’Elysée, au Quai d’Orsay.

L’intriguant du village franco-africain de Paris

 

Lors d’une conférence sur le virus Ebola au Forum de Crans Montana, à Genève, en Suisse, le 17 octobre 2014, Guy Zilberstein n’a pas hésité à se présenter comme le « conseiller spécial du président de la République française ». L’année suivante, à cette même conférence autrefois qualifiée par la presse helvétique de « Davos des pauvres et des crapules », son titre avait évolué. Le voilà « conseiller stratégique du président français ». Des étiquettes qui font d’autant plus d’effet que le bonhomme n’apparaît dans aucun organigramme. Et dans le marigot de la Françafrique où l’influence des réseaux affairistes d’autrefois - souvent liés à des chefs d’Etat, à des ministres ou à des partis politiques - décline, certains tentent de combler le vide et de se faire une place. Une nouvelle génération tente d’émerger, des électrons libres affranchis des contraintes et des politiques, mais aussi des us et coutumes des complexes relations franco-africaines.

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Lunettes rondes, cheveux argentés, peau blanche et glabre, l’intéressé esquisse un sourire patelin d’agent secret lorsqu’on l’interroge sur son rôle d’éminence grise du président sur les questions africaines. « Pour moi, la politique, la stratégie, la diplomatie, cela se fait seulement dans l’ombre, car on ne peut pas réfléchir, agir et en même temps soigner son image », dit-il. Au Bourbon, Guy Zilberstein prend des chemins de traverse, déroule son CV (Langues O, université américaine de Cornell, l’ENA où il dit avoir été simplement admis…), et finit par estimer qu’il ne peut pas révéler le nom des « amis socialistes » pour lesquels il rédige des notes d’analyse sur l’Afrique, un continent où il dit n’avoir jamais mis les pieds.

« Fin, cultivé mais un peu mytho »

 

Non, Guy Zilberstein ne s’est pas rendu en Afrique mais lâche qu’il alimente aussi en analyses africaines l’Agence pour la diffusion de l’information technologique (ADIT), une société européenne d’intelligence économique. Il aurait rencontré à trois reprises les dirigeants de l’ADIT et aurait notamment proposé d’amener deux clients, une société de télécommunication et une entreprise d’ingénierie israélienne. Une initiative qui n’a pas eu de suite. Dans cet univers où s’entrelacent les grands groupes industriels et les milieux du renseignement, ceux qui ont eu à rencontrer Guy Zilberstein décrivent un « homme fin, cultivé mais un peu mytho ». Celui qui lui aurait permis de mettre un pied au Quai d’Orsay ? Ce serait Paul-Jean Ortiz, conseiller diplomatique de François Hollande. Une information difficile à vérifier, M. Ortiz étant décédé en juillet 2014.

 


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