26-12-2015 13:03
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Colère et émoi après le suicide d'un médecin à l'hôpital Pompidou

Jeudi 17 décembre, le Pr Jean-Louis Megnien, 54 ans, cardiologue à l'hôpital européen Georges-Pompidou (Paris XVe) s'est suicidé en se jetant, la tête la première, par la fenêtre d'un étage de l'établissement, côté cour.

Si certains de ses collègues et amis sont profondément choqués, d'autres sont en colère. «Nous sommes beaucoup à très mal vivre cette histoire», résume un chirurgien. Après un long arrêt-maladie pour dépression, le Pr Megnien avait repris le travail lundi mais l'ambiance au sein de l'hôpital était devenue très pesante pour ce père de cinq enfants. Il y a quelques mois, plusieurs de ses collègues avaient d'ailleurs alerté la directrice de l'hôpital, Anne Costa, ainsi que le patron de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch. Ainsi ce mail adressé en novembre 2014 à Anne Costa: «Vous allez recevoir aujourd'hui le Pr Jean-Louis Megnien. Sachez, Madame la directrice, qu'il est actuellement en très grande souffrance. Vous en connaissez la cause (harcèlement moral…) mais vous en ignorez son degré d'affliction! Le Pr Megnien a une vision très noire de son avenir immédiat et à moyen terme. Il a clairement exprimé son 'envie d'en finir'».

Au lendemain du drame, une réunion extraordinaire du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) a été convoquée en urgence à Pompidou en présence de Martin Hirsch et du directeur des ressources humaines de l'AP, Gérard Cotellon. «La direction a expliqué que, quand on se suicide sur son lieu de travail, l'acte a un lien avec le travail», rapporte un médecin présent à la réunion. Une commission va être formée pour auditionner les personnels au courant des conditions de travail de Jean-Louis Megnien. Une enquête policière est également en cours. Ses collègues ont d'ailleurs commencé à être entendus par les services de police du XVe arrondissement. Le soir du drame , la directrice de l'hôpital évoquait, dans un mail adressé à l'ensemble du personnel, un«décès accidentel». Une expression particulièrement mal vécue par certains en interne. «Il serait scandaleux de faire passer ce suicide pour autre chose qu'un accident professionnel», confie l'un des proches du Pr Megnien. Cette qualification donne lieu au versement de prestations ou d'indemnités au titre de la législation sur les accidents du travail.

L'hôpital Georges-Pompidou connaît depuis plusieurs années un profond malaise. En avril 2014, sept médecins, s'estimant surveillés notamment par la comptabilité pour leur temps passé au bloc, avaient porté plainte contre la direction pour fichage illégal. L'enquête préliminaire a été classée sans suite. Par ailleurs, une enquête des affaires sociales avait été diligentée après des accusations de paiement au noir d'actes chirurgicaux mais sans aboutir.

 

En cas de suicide sur le lieu de travail, l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) note que: «les raisons d'un suicide sont toujours complexes à démêler. Mais il faut accepter de rechercher d'éventuels facteurs liés au travail et adresser ainsi aux salariés le signal que des actions pour améliorer les conditions de travail sont possibles».

Contactée parLe Figaro la direction de l'hôpital Pompidou n'a pas donné suite.


( 193 Okunma )