26-12-2015 13:27
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La marche du 18 décembre : Un message fort

Le Calame - Vendredi 18 décembre 2015, une partie du Forum National Pour la Démocratie et l’Unité, notamment certains de ses partis, toutes ses organisations civiles, se syndicats et ses personnalités nationales ont organisé une imposante marche populaire qui a mobilisé des milliers de personnes.

 

Visiblement le contexte était favorable. L’insécurité grandissante dans la ville de Nouakchott. Les conditions de vie de plus en plus difficiles d’une grande majorité de la population. Les très passables prestations du gouvernement, surtout dans les secteurs de la santé et de l’éducation.

 

Sont peut-être autant de choses qui facilitent la mobilisation de populations de tous bords qui n’ont plus espoir de voir le bout du tunnel. Les expériences de Tunisie et du Burkina Faso démontrent éloquemment que les peuples sont imprévisibles. Leurs réactions peuvent être tributaires d’un fait anodin qui constitue en fait la goutte qui peut faire déborder le vase.

 

Contre toute attente. Sans aucune mise en garde. Sans signes précurseurs. Seule la capacité des gouvernants à décrypter convenablement les messages des peuples prémunit contre son agressivité impromptue.

 

En cela, Zine El Abidine Ben Ali et Blaise Compaoré en savent quelque chose. Cela d’autant plus que les peuples de Tunisie et du Burkina étaient réputés passifs et (im) mobilisables. Exactement comme la Mauritanie que d’aucuns qualifient de pays sans peuple.

 

Les messages de la marche

 

D’abord la capacité du peuple mauritanien à se mobiliser pour une cause. La Marche était particulièrement impressionnante. Certains observateurs l’évaluent à plusieurs milliers de personnes et vont même jusqu’à la considérer comme la plus importante en termes de nombre depuis ces dernières années. Les manifestants venaient de toutes les composantes politiques nationales.

 

Des militants de l’Union Pour la République auraient assisté à cette marche. Le mot d’ordre de boycott du Rassemblement des Forces Démocratiques et autre UNAD n’aurait pas été respecté. Ensuite, les revendications sociales mobilisent plus que les réclamations politiques.

 

Vendredi dernier, c’est tout le peuple mauritanien qui est sorti réclamer des conditions de vie meilleures, plus de sécurité et de bonnes prestations sociales. Enfin, le gouvernement doit écouter le peuple. Le président Mohamed Ould Abdel Aziz ne doit plus prendre le risque de faire la sourde oreille face aux revendications légitimes des populations qui n’auraient plus à un certain moment plus grand-chose à perdre.

 

Une opposition dévoyée

 

Paradoxalement, le plus grand soutien de tous les pouvoirs en Mauritanie a toujours été son opposition. Même du temps de feu Moktar Ould Daddah, les frictions entre les mouvements qui contestaient sa politique lui ont toujours servi de secours.

 

Jamais de toute l’histoire politique contemporaine, l’opposition nationale n’a jamais pu s’entendre sur l’essentiel. Depuis le commencement du processus démocratique, ses éternelles querelles de minaret lui ont toujours fait rater des occasions qui auraient certainement évité au pays d’être dans cette peu enviable situation politique, économique et sociale.

 

De 1992 à nos jours, les petites combines, les compromissions, les guerres de leadership et autres ambitions personnelles ont compromis toutes les possibilités de l’opposition nationale à s’organiser en vue de réaliser le moindre objectif. Jamais depuis l’amorce du processus démocratique, l’opposition n’a jamais pu accorder ses violons.

 

La Coordination de l’Opposition Démocratique a éclaté sur fonds d’incompréhensions multiples. Le Front National Pour la Démocratie et l’Unité se consume à petit feu à cause d’on ne sait quoi ? De petites choses que personne ne comprend. Réponse écrite ou orale. Participation ou non à une marche.

 

Une opposition que personne ne comprend finalement. Surtout qu’à chaque fois que ça ne va pas pour le pouvoir, une certaine opposition trouve un « bon » argument pour que ça aille pour lui. En cela, les exemples ne manquent pas. Mieux. Certains grands responsables de cette opposition manœuvreraient même dans les dédales des services de renseignements pour se faire réhabiliter au niveau du pouvoir.

 

Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir : Des erreurs assassines

 

Incontestablement, Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir constituent deux icônes de l’opposition nationale. Cela va sans dire. Mais cela va certainement mieux en le disant. Mais, des erreurs ont émaillé le parcours politique de l’un comme de l’autre. En 1992, il est maintenant établi par tous que l’emblématique opposant avait remporté l’élection présidentielle.

 

Mais son refus de permettre à l’Union des Forces Démocratiques et aux indépendants de participer aux élections législatives alors qu’ils constituaient une force politique remarquable est une incontestable erreur qui a eu son après. Une méprise qui n’a d’égal que la folle décision de soutenir le coup d’état qu’un général désemparé a mené le 6 août 2008 contre un président démocratiquement élu.

 

Si aujourd’hui, quasiment tout le peuple soutient la ténacité du RFD d’Ahmed Ould Daddah de ne pas aller au dialogue sans de réelles garanties du pouvoir, il est évident que son soutien au putsch de Mohamed Ould Abdel Aziz lui a beaucoup porté préjudice en termes de popularité et de crédibilité.

 

Le mot d’ordre du RFD à ses militants de boycotter la dernière marche du FNDU organisée le vendredi dernier n’est certainement pas une bonne manœuvre politique puisqu’il a permis de démontrer ce que beaucoup ne savait pas : La capacité des autres à mobiliser du monde sans le RFD et son mythique président.

 

Du côté de Messaoud Ould Boulkheir, certains considèrent sa décision de soutenir l’ancien président Sidi Ould Cheikh Abdallahi au deuxième tour de la présidentielle de 2007 comme une attitude qui a fait rater au pays l’occasion de rompre définitivement avec l’emprise des régimes militaires. Aussi, ses propos sur la question de l’esclavage ne sont-ils pas souvent compris.

 

C’est officiellement, la raison invoquée par quelques uns de ses plus anciens collaborateurs d’Action Pour le Changement et de l’Alliance Populaire Progressiste de le quitter pour aller continuer la lutte au sein de nouvelles formations politiques.

 

C’est un secret de Polichinelle que Messaoud Ould Boulkheir et son parti ne cautionnent pas l’action du Manifeste pour les Droits Politiques Economiques et Sociaux des Harratines créé en 2013.

 

Jamais, ni les cadres de l’APP ni ses militants n’ont jamais assisté officiellement à aucune de ses activités, notamment les deux marches organisées le 29 avril 2014 et 2015 pour commémorer sa naissance. A tort ou à raison, certains considèrent ce comportement vis-à-vis d’une communauté comme une gravissime erreur qui n’a été sans incidence sur les prestations du parti et sur la grande notoriété dont jouissait son président.

 

Les manœuvres du pouvoir

 

Il est évident que tous les systèmes usent et parfois même abusent de tous les moyens pour se maintenir aussi longtemps que possible aux affaires. Le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz est loin de faire l’exception.

 

Pour cela, les promotions pour allégeance et l’accès à toutes les facilités et privilèges constituent le meilleur appât pour fidéliser les populations. Ceux qui prennent le risque et le culot de s’opposer aux choix et politiques des maîtres du moment se font systématiquement éliminer de tout.

 

Pas mieux que de faire la promotion de l’hypocrisie, du soutien à tout prix et de l’applaudissement. De deux, la technique de l’infiltration des taupes au sein des formations politiques de l’opposition pour les pourrir a toujours été très usitée.

 

Ces espions constituent un tremplin essentiel pour le débauchage des opposants au profit du parti au pouvoir. De trois, en suscitant la fronde à l’intérieur des partis de l’opposition pour des considérations fallacieuses pour ensuite encourager l’émergence d’autres petites formations dont le soubassement n’est autre que la famille ou la tribu.

 

Ainsi, pour une population d’à peine quatre millions, la Mauritanie compte plus de cent partis politiques, des centaines de sites électroniques, des centaines de journaux, des milliers d’organisations de la société civile. Un véritable amalgame pour servir la désorganisation afin que vive la continuité dans la médiocrité. Mais comme le dit un adage populaire : « Celui qui se cache avec les jours est nu ». Simplement.


( 121 Okunma )